P R O L O G U E

P R O L O G U E
Allongé de tout son long sur un sol qui lui paraissait fait de nuages, il n'avait pas le courage d'ouvrir les yeux. Ses paupières scellées demeuraient closes. La tête en arrière, la bouche entrouverte, les bras en croix, il soupirait presque d'aise et de plaisir, et ne voulut jamais plus se relever, tellement cet endroit lui suffisait. Il roula sur le côté, refusant toujours de mettre fin à sa cécité passagère, et se lova contre ce parterre doux et moelleux.

« Mais... Qu'est ce que tu fais ici toi ? »

La petite voix qui perturbait son hibernation était féminine et légère. Elle aurait pu être agréable... Mais pour une fois que le jeune homme s'octroyait un moment de solitude et d'hibernation, cette voix sonnait comme un gong grave et assourdissant. Les yeux toujours fermés, il ignora la question, et fourra son visage fin sous ses bras repliés.

« Bin, pourquoi tu me réponds pas ? », insista curieusement la voix fluette.

Vaincu, il s'étendît à nouveau sur le dos, s'étira intensément, et entrouvrît les yeux. Il s'attendait à ce que la luminosité de l'endroit lui agresse les pupilles, mais il n'en fût rien. Il examina l'atmosphère environnante, à la recherche de sa mystérieuse interlocutrice. Son sol tant chéri était en réalité une épaisse couche de mousse de forêt verte parsemée de fleurs aux couleurs douces et feutrées. Il avait à priori atterri au pied d'une haute falaise de roche claire. Il plissa les yeux afin d'en évaluer la hauteur, mais une brume blanche et vaporeuse masquait toute visibilité. Il se redressa, sans se mettre debout. Il était toujours un peu sonné, sans vraiment savoir pour quelle raison. Il s'assît, s'adossant contre la roche fraîche, et admira l'étrangère végétation qui l'entourait. On se serait cru dans une jungle fleurie, presque féerique. Il ne faisait ni sombre, ni beau. La lumière qui filtrait à travers les feuilles des arbres brillait d'un éclat doré et tamisé, et de faibles rayons venaient lui chatouiller les joues, les cheveux, et le nez. Il plissa ce dernier, et éternua doucement, envoyant une nuée de poussières danser dans la lumière. Il ne connaissait pas cet endroit, n'avait aucune idée d'où il se trouvait, mais, étonnamment, il ne ressentait ni peur ni stress.

« Comment tu t'appelles ? », l'interrogea la petite voix...

# Posté le jeudi 11 décembre 2008 08:59

Modifié le samedi 20 décembre 2008 08:13

Chapitre 1

Chapitre 1
Je... je... je ne vous vois pas, pourquoi est-ce que je me présenterais ? Ou êtes-vous ? Qui êtes-vous ? ».

Il scrutait la végétation avec intérêt, à l'affût du moindre mouvement de broussailles susceptible de trahir son mystérieux interlocuteur. Mais seul le souffle de la brise animait l'atmosphère, ricochant doucement sur la paroi rocheuse, et dansant dans les cheveux bruns du jeune homme. Tel un tintement de clochette, la voix lui répondît de plus belle, d'un air amusé.

« Hi hi... Pourquoi tu me dis 'vous' ? Je suis pas une grande dame moi. Et puis c'est drôle, tu ne demandes même pas où tu es... ».

Intrigué, le pauvre garçon n'en menait pas large. Il avait cependant saisi que son visiteur était une petite fille, et cela le rassurait un peu.

« Bien, renchérit-il poliment. Alors, peux-tu me dire où je suis, et pourquoi je suis ici s'il te plaît ?
- Tu as peur ? s'enquît la petit voix.
- Non.
- Tu ne devines pas pourquoi tu as atterri chez nous ?
- Non.
- Dis, tu es un garçon ou une fille ?
- Je... Je suis un garçon.
- Ah ! s'exclama la voix d'un air soulagé. Je demande, parce que j'étais pas sûre. Il était bien annoncé qu'un garçon devait arriver aujourd'hui, mais en voyant tes longs cheveux, j'ai cru qu'il y avait une erreur ! J'espère que tu n'es pas offensé... »

Bien sûr que non, il ne l'était guère, du moment que le ton n'était pas à la moquerie. Le jeune homme assumait totalement son apparence quelque peu troublante, et ce n'était pas la première fois que l'on se posait des questions sur son sexe. Mais la petite voix lui avait parlé avec une sincérité et une innocence particulièrement touchantes.

« Non, je ne suis pas du tout offensé, je t'assure, enchaîna-t-il.
- Parfait alors ! se réjouît son interlocutrice. Je sens qu'on va bien s'entendre ! Tu es mon premier, je suis contente. Vois-tu, je sens que tu es quelqu'un d'intéressant. Je n'aurais pas supporté de tomber sur quelqu'un de terne, creux et mélancolique, voire patibulaire. Tu m'as l'air bien singulier. J'ai de la chance...
- Je... je ne comprends rien, je suis désolé... », soupira-t-il en souriant, étrangement fatigué, tout en s'affaissant un peu plus sur la roche fraîche et lisse du pied de la falaise qui le surplombait.
« Oh, je suis désolée ! s'excusa gentiment la douce voix. C'est normal que tu te sentes fatigué, après ce que tu as traversé...
- Qu'ai-je traversé exactement ?
- Tu es endormi, souviens-toi...
- Je... je suis... » balbutia imperceptiblement le garçon, décontenancé par cette annonce.

« Rassure-moi, s'enquît-il d'un air inquiet. Il ne s'agit pas d'une formulation sympathique pour me dire que je suis mort, n'est-ce-pas ?
- Quoi ? Hi hi... Non, pas du tout. Tu es endormi, simplement. Mais ne sois pas pressé, nous avons du chemin devant nous, et j'aurai bien le temps pour t'expliquer. Je jure de t'accompagner, et de ne pas te laisser tomber. Je suis là pour toi, et je répondrai à tes interrogations. C'est à toi de choisir si tu es suffisamment prêt pour me faire confiance... Alors seulement tu auras le droit de me voir. ».

Le jeune homme se laissa envahir par cette petite et douce vague de soulagement, et décida de faire confiance à sa nouvelle amie. Qu'importe les doutes sur ce qui lui arrivait, cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait plus joui du pouvoir de faire ses propres choix.

« Je te fais confiance... annonça-t-il.
- Tu me fais honneur.
- Comment t'appelles-tu, mon amie ?
- Je suis Châtaigne. Et toi, quel est ton nom ? ».

Il se leva, et, étrangement fier, il se révéla :

« Je m'appelle Bill, et je suis ravi de faire ta connaissance ».

# Posté le lundi 22 décembre 2008 09:46

Modifié le vendredi 26 décembre 2008 20:11